LA FIN PROGRAMMEE DU SOLUTE « B66 » - e-ADARPEF

LA FIN PROGRAMMEE DU SOLUTE « B66 »

Le soluté de remplissage peropératoire dit « B66 », équivalant du Ringer Lactate glucosé à 1%, connaît ses dernières heures dans nos blocs opératoires français suite à l’arrêt de sa commercialisation par le laboratoire. Ce soluté est ou était encore très largement utilisé en anesthésie pédiatrique ces dernières années : en effet, cette solution prévient toute hypoglycémie, ne provoque pas d’hyperglycémie pathologique (même si elle augmente la glycémie) et évite un catabolisme lipidique. Malheureusement, aucun produit identique de substitution n’existe à ce jour sur le marché français.

En accord avec la pratique réalisée dans des nombreux centres français, la SFAR et l’ADARPEF se permettent de vous proposer une solution de remplacement à cet arrêt de commercialisation :

  • Pour les enfants de moins de 1 an ou < 10 kg de poids :

administration peropératoire d’une solution de Ringer Lactate glucosé à 1,2%, pouvant être réalisée par un mélange de Ringer Lactate 250ml + SG30% 10ml. Une vérification de la glycémie lors de la pose de la voie veineuse périphérique est nécessaire en cas de jeûne préopératoire  prolongé.

  • Pour les enfants de 1 à 3 ans et de poids > 10 kg :

administration peropératoire de  Ringer lactate ou NaCl 0,9% et vérification la glycémie lors de la pose de la voie veineuse périphérique +/- une surveillance horaire. Du sérum glucosé à 30% pourra être rajouté en cas d’hypoglycémie.

  • Pour les enfants de plus de 3 ans :

administration peropératoire de Ringer lactate ou NaCl 0,9%  (notamment en neuro-traumatologie) accompagnée d’une surveillance glycémique si la chirurgie ou l’état de l’enfant le nécessite.

Il nous semble important de rappeler que le jeûne préopératoire pour les liquides clairs +/- sucrés doit être limité à deux heures préopératoires à chaque fois que possible et si la chirurgie le permet.
Il est également utile de rappeler que certains enfants sont exposés à un risque d’hypoglycémie suite à :

  • un manque de réserves de glycogène : enfants dont le poids est inférieur au troisième percentile pour l’âge, un jeûne préopératoire prolongé, l’insuffisance hépatique ;
  • un diabète sucré sous insulinothérapie, une hyperplasie congénitale des surrénales, un traitement par β-bloquants ;
  • une diminution de la réaction hormonale au stress : anesthésie péridurale, surtout si le jeûne postopératoire est prolongé.
  • un hyperinsulinisme : alimentation parentérale préopératoire, syndromes comportant un hyperinsulinisme.

Il convient dans ces cas d’adapter l’apport glucosé aux besoins propres de l’enfant, donc en fonction des glycémies que l’on mesurera à intervalles réguliers pendant l’intervention.
Enfin, certains enfants souffrant de maladies métaboliques (anomalies du cycle de l’urée, par exemple) doivent recevoir un apport glucidique important durant la période péri-opératoire (solution glucosée à 5 voire 10%) afin d’éviter d’induire un catabolisme protéique qui aurait des conséquences délétères sur leur équilibre métabolique.

Références :

  • Sumpelmann R, Mader T, Dennhardt N, et al. A novel isotonic balanced electrolyte solution with 1% glucose for intraoperative fluid therapy in neonates: results of a prospective multicentre observational postauthorization safety study. Pediatr Anesth 2011; 21: 1114-8
  • Najafi N, Veyckemans F, Berghmans J, et al. Belgian recommendations on perioperative maintenance fluid management of surgical pediatric population. Acta Anaesthesiol Belg. 2012; 63: 101-9.
  • Sümpelmann R, Becke K, Crean P, et al. European consensus statement for intraoperative fluid therapy in children. Eur J Anaesthesiol. 2011; 28: 637-9